Le Morceau de Bois Blanc









Il eut été de bon ton que cette histoire commençât par 'Il était une fois', car c'est ainsi que toute grande histoire se doit de commencer, mais voilà: l'histoire qui va vous être contée n'est pas une grande histoire. Quant à être de bon ton, elle n’en a cure ! En fait, il va sans doute s’agir d’une petite histoire, très ordinaire, comme le sont toutes les histoires vraies et très extraordinaire, comme le deviennent fatalement les mêmes histoires une fois filtrées par la plume d’un conteur. Mais la vérité toute crue doit être dite : au moment où ces mots sont écrits, votre conteur n’a absolument pas la moindre idée de l’histoire qu’il va vous narrer !
Il sait déjà fort bien en revanche ce qu’il a l’intention de mettre dans cette histoire pour compenser sa décision de vous priver d’un ‘Il était une fois’. Il sait que vous ne le pardonnerez qu’à la condition qu’il parsème ces pages des très très belles choses que l’on retrouve toujours dans les contes comme dans les histoires vraies. Votre conteur est pudique comme une vieille anglaise, mais il vous promet d’ores et déjà de mettre dans son chaudron beaucoup de joies et quelques peines (parce qu’il en faut bien), qu’il aura soin d’envelopper dans une gelée de sentiments fort beaux, sans lesquels une histoire ne mérite même pas qu’on lui consacre une ligne.
Un conte, ça ne papote pas pendant des lustres, au contraire : ça galope à belle allure directement vers l’essentiel, voilà pourquoi, afin de n’avoir pas à vous perdre dans des généalogies un tantinet barbantes, votre conteur piochera dans le calendrier deux prénoms au hasard. Ainsi désignés par une main dont vous jugerez vous-mêmes de l’innocence, ces deux prénoms deviendront ceux des deux personnages principaux de cette histoire et seront plongés sans examen dans le chaudron de la narration, parmi les joies, les peines et la gelée de sentiments.


Fermons les yeux, plantons le doigt à la date du jour, reculons à tâtons de quatre mois, piochons-y un prénom, avançons de quatre autres, attrapons-y un second et voyons où nous mènera cette histoire, cette histoire en forme de conte ne commençant pas par ‘Il était une fois’.





Dans les hautes collines d’un pays qui pourrait bien être n’importe lequel, pourvu qu’on y trouvât des collines, résidaient les Fées qui avaient pour vocation de devenir Marraines. L’une d’entre elles, la plus âgée et la plus sage d’entre toutes, avait été la Marraine de tant d’enfants que la rumeur lui en prêtait au moins un par prénom, ainsi que plusieurs Renaud et Aliénor, qui étaient des prénoms fort répandus parmi les familles qui avaient les moyens d’envoyer une requête de marrainage. Car oui, c’est navrant à dire, mais il fallait alors, pour offrir à son enfant les bons soins d’une Fée Marraine, avoir les moyens de payer le prix d’un timbre poste. Un timbre poste est certes fort peu coûteux, mais tout le monde parmi les jeunes parents n’avait pas toujours les moyens d’en retrancher la valeur sur leurs maigres revenus.

La doyenne des Fées Marraines s’était toujours dressée contre l’administration de son ordre qu’elle estimait être des plus injustes. Selon elle, tous les enfants naissaient égaux en droits et chacun pouvait donc être mis sous la protection d’une Fée sans que ses parents aient à dépenser le moindre sou pour cela. Toute dérisoire fut-elle, la taxe du timbre-poste lui semblait être une insulte à son merveilleux métier et elle avait mis un point d’honneur à ne pas s’y soumettre. A peine avait-elle acquis ses pouvoirs de Fée Marraine qu’elle était partie en quête d’un moyen de transport qui lui permettrait d’arpenter le monde à la recherche de tous les nouveau-nés désargentés. Il lui avait fallu rencontrer bon nombre de créatures avant d’en croiser une qui fut sensible à sa cause et acceptât de surcroît d’être sa compagne de voyage. Elle avait fini par faire la connaissance d’Epona, une Licorne douée de parole qui passait pour marginale depuis qu’elle avait décrété qu’il était injuste que les membres de son clan refusent d’approcher les jeunes garçons pour leur privilégier les jeunes filles. Epona ne voyait pas en quoi un jeune garçon serait moins pur qu’une jeune fille et trouvait le snobisme des autres Licornes tout à fait pendable.

C’est ainsi que la Licorne et la Fée Marraine avaient parcouru ensemble des siècles durant le vaste monde afin de rétablir la justice et de doter tous les enfants, sans distinction de sexe ou de bien matériel, de leurs bénédictions conjointes.

C’est ainsi aussi qu’elles se retrouvèrent toute deux à un âge fort avancé mises au ban de leurs communautés : on commençait à craindre qu’elles ne soient trop fatiguées pour mener à bien leurs missions de marrainage et comme les pattes de l’une et les sorts de l’autre étaient passablement usés, elles ne pouvaient plus aller à leur gré aussi allègrement qu’avant.

Sentant toutes deux le déclin de leurs forces poindre, elles se mirent en route un beau matin, après avoir passé une longue semaine enfermées à débattre sur la façon dont elles aimeraient occuper leurs vieux jours. Chacune avait exposé à l’autre son désir de marrainer un dernier enfant, mais elles s’étaient mutuellement raisonnées en déclarant que non, ce n’était vraiment plus de leur âge. Elles avaient exploré de nombreux compromis, puis étaient arrivées à la conclusion qu’elles auraient toutes deux aimé s’instruire sur les coutumes du monde environnant qui, il faut bien le dire, avaient eu le temps de changer au moins cent fois depuis leur naissance. Une occasion de se cultiver leur semblant être la seule chose qui puisse compenser la frustration de ne pouvoir s’occuper d’un petit enfant, ce matin-là, elles avaient pris la route en direction d’un petit monastère qui était réputé pour ses ressources documentaires sur toutes les figures saintes. La vieille Fée et la Licorne, qui étaient nées dans un monde foisonnant de créatures magiques et de divinités diverses étaient curieuses de découvrir les nouveautés qu’avaient à offrir un dieu unique et de multiples Saints.




















Et voilà nos deux comparses, consultant d’un œil étonné et dubitatif les vastes pages d’un grimoire rempli de martyres et d’hommes de foi qui, à tout prendre, ne leur semblaient guère différents des dieux et esprits de leur jeunesse, à quelques souffrances près ! Mais les esprits des deux amies vagabondaient déjà loin des légendes des Saints et plus elles avançaient dans leur lecture, plus elles se lorgnaient du coin de l’œil, chacune en proie à la même idée tenace et chacune n’osant pas en faire part à l’autre de crainte de se faire réprimander. N’y tenant plus, Epona rompit le silence : « Ah ! c’en est trop ! C’est bien beau, le tourisme culturel, mais moi, à force de voir tous ces petits humains enluminés, j’ai de plus en plus envie d’en trouver un duquel m’occuper ! Et ne me dis pas, vieille Fée, que tu n’en as pas autant envie que moi, je te vois bien soupirer et triturer le bord de ta cape ! »

Et en effet, la vieille Fée se lamentait en son for intérieur de n’avoir plus de petit bambin sur le berceau duquel se pencher. Elle essaya bien de raisonner Epona, en lui rappelant qu’elles n’avaient plus l’âge légal ni l’énergie d’entreprendre de nouveaux marrainages, mais elle-même n’était guère convaincue par ses propres arguments. Après quelques heures d’une discussion animée et voyant qu’elles avaient toutes deux fini par se ranger du même côté, la vieille Fée trancha : chacune piocherait dans le livre le Saint qu’elle préférait et serait la marraine du prochain enfant du pays qui naîtrait et porterait le même prénom.



La Fée, qui était une érudite et aimait autant les livres que les langues étrangères, choisit sans hésiter le Saint patron des éditeurs et des traducteurs. Il lui restait à attendre que quelqu’un qui n’avait pas le sou se décidât à appeler son enfant Jérôme.

Epona parcourut longtemps le grand livre, cherchant un prénom qu’elle espérait venger en lui offrant une bien plus jolie vie que celle de son Saint patron. Elle avisa une grande image dorée qui lui plût aussitôt : le jeune homme qui y était représenté était transpercé de flèches et l’une d’entre elles lui traversait le front : « Ah ! celui-ci a une corne sur le front, tout comme moi, c’est celui que je veux !’. La Fée aurait préféré que la Licorne choisît une fille, pour la parité, mais c’était oublier les positions idéologiques de cette dernière qui souhaitait venger les garçons qui avaient subi le mépris de ses congénères Licornes.
















Epona fut chanceuse, car un petit Sébastien naquit bientôt non loin de là et elle se précipita à son chevet. Son enthousiasme à voir le nourrisson fut si grand qu’elle manquât deux fois de lui crever un œil. Elle ne parvenait pas à contenir sa joie, mais au troisième coup de museau affectueux qu’elle voulût lui donner elle passa si près de rendre le petit complètement borgne qu’elle décida, pour plus de sûreté, de ne plus désormais le regarder que par l’intermédiaire d’un miroir, ainsi, sa corne ne risquerait plus d’aller se ficher quelque part dans la chair dodue du bambin.

La Fée dût attendre plus longtemps, mais quelle ne fut pas sa joie lorsqu’elle apprît qu’un petit Jérôme venait de voir le jour ! Elle et Epona partirent de bon train pour veiller le nouveau-né et lui offrir tous leurs bons souhaits. Les enchantements de la vieille Fée étaient presque tous dissipés, il ne lui en restait qu’une petite poignée en réserve et elle entendait bien les économiser et les dispenser avec sagesse, le plus longtemps possible, pour le bien-être de son petit protégé. Comme sa magie ne se voyait pas sur sa figure, elle s’établit comme nourrice auprès du petit Jérôme qui s’y attacha très vite, autant qu’à ses propres parents.

Epona n’avait pas autant de chance car les Licornes n’étaient pas supposées évoluer parmi les Hommes. Elle songea bien deux ou trois fois se faire limer la corne pour pouvoir passer incognito, mais elle savait que les plus jeunes Licornes qui subissaient cette opération perdaient toute leur magie, quant aux Licornes plus âgées, elles risquaient de perdre bien davantage encore. C’est ainsi que sa résolution de n’observer le petit Sébastien qu’au travers d’un miroir s’avéra bien pratique. Elle profitait de toutes les fois où le garçon passait devant une surface réfléchissante pour lui apparaître en reflet. Au tout début Sébastien, qui ne savait pas encore que les Licornes ne sont pas censées exister, était très heureux de ces visites. Puis il grandit et on l’informa que les Licornes n’existaient pas. Au lieu de se croire fou, il préféra garder pour lui ses visions et prenait grand plaisir à passer des heures devant son miroir, car à ces seules occasions, il pouvait parfois entrevoir Epona, qui le contemplait par-dessus son épaule d’un regard infiniment bienveillant. On prenait Sébastien pour un coquet, mais il s’en moquait bien : lui savait qu’il avait de la chance et qu’une Licorne veillait sans cesse sur lui, et cela le comblait.

Pendant ce temps-là, Jérôme lui aussi grandit. La vieille Fée qui était sa nourrice le chérissait de tout son cœur. Parfois, elle usait d’un peu de sa magie pour déguiser Epona, afin de lui permettre de voir comment Jérôme devenait petit homme. Elle passait alors furtivement devant la fenêtre, accoutrée en éléphant étrange, une trompe pastiche fichée sur la corne et une bedaine en chiffon attachée sous le ventre, ce qui résulta en une affection débordante du petit bonhomme pour les pachydermes. Il se mit, sous l’œil amusé de la vieille Fée, à en faire collection et entassa pendant toute son enfance une respectable collection de figurines dodues à trompe.


















En grandissant, chacun des deux garçons, encouragé par sa marraine, développa un goût prononcé pour les choses qui étaient bonnes et belles. Jérôme aimait les lettres et comme il était enthousiaste à partager tout ce qui le charmait, il choisit une voie qui lui permettrait d’exprimer ce penchant naturel. Il monta sur des planches et en redescendait parfois pour observer aussi ce que cela faisait d’être de ce côté, du côté où l’on est spectateur. La vieille Fée lui avait insufflé son amour des enfants, ce qui rendit Jérôme encore plus curieux et désireux de comprendre ce qui, dans leurs récréations, avait le pouvoir de rendre les petits joyeux, surtout ceux dont le quotidien n’était pas forcément propice à l’amusement. Plus Jérôme grandissait, plus il apprenait ce qu’être grand veut dire et plus il lui semblait évident que les adultes n’étaient jamais que des enfants grandis et qu’ils avaient tout autant besoin que leurs miniatures de trouver de la joie là où elle se trouve : dans les arts et les fêtes.



Sébastien quant à lui était appliqué et secret et il avait pris un goût si fort pour toutes les belles choses qu’il voulut en créer à son tour. Il était fort doué et très encouragé par sa famille, mais malheureusement il était aussi très anxieux et croulait sous les doutes. Aussi, il préféra se tourner pour exprimer son art vers un public qui, bien que très exigeant, était toujours heureux et toujours émerveillé : il s’occupa donc d’enfants. Il leur donnait à voir avec beaucoup d’adresse tout ce qui l’émerveillait lui : il fabriquait des histoires, des costumes et des images, il inventait des jeux et des gâteaux aux formes farfelues. La Licorne Epona n’était jamais bien loin de lui et elle était enchantée d’être parvenue à inspirer à ce petit garçon autant de belles choses. Sa fierté était grande de l’avoir vu devenir un adulte qui ne chipotait pas et aimait autant prendre soin des couettes que des casquettes, cela la confortait dans l’idée que les filles n’étaient pas les seules à avoir dans le cœur de larges lampées de sagesse et de pureté.










Les années passèrent. Epona et la Fée s’éloignèrent, satisfaites de leurs petits protégés, n’apparaissant plus à l’un et à l’autre qu’à de rares occasions et préférant ne prendre de leurs nouvelles que de loin en loin afin de les laisser devenir à loisir de grands et bons adultes.





Sébastien, qui était toujours aussi secret et toujours aussi sensible aux belles choses, partit habiter dans une région baignée par le soleil. Comme il voyait de moins en moins souvent la Licorne qui l’avait accompagné durant toute sa jeunesse et qu’il était toujours autant attaché aux enfants, il devint antiquaire et se spécialisa dans la réparation de jouets anciens et de très vieux miroirs. La solitude se faisait parfois sentir, mais elle était compensée par le plaisir qu’il éprouvait à œuvrer sur de beaux objets et par la joie communicative des bambins qui repartaient de son échoppe en serrant dans leurs petits bras les beaux joujoux auxquels il avait redonné une seconde vie. De temps à autres (tout le temps à vrai dire), il scrutait en soupirant les coins de ses miroirs pour voir s’il n’y verrait pas apparaître Epona mais cette dernière, qui était vraiment très très vieille, ne se déplaçait plus guère.



Jérôme habitait dans le Sud et partageait ses journées entre les livres et l’invention de moyens toujours nouveaux de mettre un peu de joie dans la tête des grands. Il avait reçu tant d’amour de la part de sa vieille nourrice qu’il ne rêvait plus que de pouvoir en donner à son tour, ce qu’il faisait avec beaucoup de générosité. Puis tout naturellement il voulut en donner à un petit enfant et c’est ainsi qu’il se trouva sur le point de devenir papa.



La vieille Fée-Marraine avait regagné les collines avec son amie Epona, où elles passaient leurs journées à profiter d’un repos bien mérité. Cela ne les empêchait certes pas d’avoir l’œil alerte et la langue bien pendue lorsqu’il s’agissait de dénoncer les injustices ! Elles déploraient que le monde nouveau ait perdu autant de sa magie d’antan. La Fée-Marraine avait conservé dans un fond de besace un ultime sortilège qu’elle espérait utiliser sur un tout dernier nouveau-né et lorsqu’elle apprît que Jérôme était papa d’un joli Alexis, elle se mit en route pour saupoudrer ce zeste de magie sur le front du tout-petit : elle tenait plus que tout à lui faire don de la Curiosité, qui était selon elle la qualité principale des plus grands de ce Monde. Epona eut beau protester, réprimander son inconscience et lui rappeler que ses guibolles de vieille fée ne seraient pas assez fortes pour la mener à bon port, elle ne parvint pas à la raisonner. Têtue comme une mule, la vieille Fée fit le long voyage seule, à travers vallées et collines. Epona, prise de remords, avait décidé de la suivre et était partie à ses trousses en traînant ses sabots usés vers le soleil du Sud.

Hélas, la vieille Fée n’avait pas eu le temps de rejoindre le berceau, qu’elle s’effondra à quelques kilomètres de sa destination, sans forces, sans vie, à l’ombre d’un saule où elle s’était arrêtée pour prendre un peu de repos. Epona arriva au saule trop tard et vit à l’endroit où la vieille Marraine s’était éteinte, un bosquet de fleurs blanches et odorantes qui seules apparaissent là où une Fée a poussé son tout dernier soupir. Epona pleura longtemps de lourdes larmes d’argent devant la tombe de sa vieille amie. Ses yeux étaient tout embués et il lui fallut de longues heures avant d’apercevoir suspendue aux branches d’un rosier blanc la besace de la Fée, qui contenait encore le Don qu’elle n’avait pas eu le temps d’offrir au petit Alexis.

Remplie de chagrin, Epona se releva pourtant, déterminée à apporter elle-même le précieux cadeau. Elle sentait les forces la quitter et savait qu’elle n’aurait pas le temps d’aller faire ses adieux au grand Sébastien avant de rejoindre sa vieille amie dans l’au-delà. Elle en était rongée de tristesse et pensait avec douleur à la grande injustice dont elle était victime. Chemin faisant, elle réfléchit à un moyen qui lui permettrait de faire un tout dernier présent à son protégé. Ce n’est qu’en arrivant devant la fenêtre de la chambre du nouveau-né qu’elle trouvât la solution.



Epona brisa alors sa longue corne blanche et creusa un trou profond dans le jardin de la maison pour l’y enterrer. Usant de ses dernières forces, elle passa le museau par la fenêtre et fit don à Alexis de la Curiosité, ainsi que la vieille Fée l’avait souhaité, puis elle s’allongea sur le flanc et rendit son dernier souffle ici, heureuse et sereine sous le soleil frais d’un matin d’hiver.












Quelques années passèrent, Alexis grandit et devint un petit garçon fort débrouillard qui passait ses journées, sous l’œil amusé de son papa, à remuer ciel et terre en quête de trésors. A l’intérieur de la maison, il ouvrait les placards, déplaçait les pots de fleurs, s’émerveillait de trouvailles insolites : un dé à coudre, un vieil élastique ou un vieux crayon mordillé le transportaient de joie. Mais c’est dans le jardin qu’il s’amusait le plus, creusant ici et là des petits trous en suivant les indications qu’il avait lui-même dessinées sur des cartes au trésor. Il avait amassé des pierres de toutes les tailles et de toutes les couleurs dans un coffre de bois qu’il gardait comme une lionne veille sur ses petits !

Par un doux après-midi d’automne, il était affairé à creuser un véritable puits dans le jardin, tandis que Jérôme préparait le dîner. Il creusa si profond qu’il atteignit la corne qu’Epona avait cachée au même endroit quelques années auparavant. Il porta sa trouvaille à son papa et lui demanda de quel arbre pouvait bien venir un aussi joli morceau de bois blanc. Jérôme remarqua vaguement qu’il ne pouvait s’agir d’un vulgaire morceau de bois, mais comme ses petits légumes étaient en train de brûler dans la marmite, il n’y prêta guère plus d’attention. On déposa la corne sur un meuble et Alexis dut aller se laver les mains avant de passer à table.

Mais, on le sait, Alexis était un petit garçon très curieux ! Il ne cessa pas de tanner son papa à propos de la corne jusqu’à ce que ce dernier se décidât à s’y pencher plus sérieusement. C’était à n’en pas douter le vestige d’un très bel objet. Ne trouvant pas quelle pouvait bien en être l’origine, Jérôme, gagné par la curiosité d’Alexis, promit à son fiston de faire le nécessaire pour le découvrir.

La corne traîna encore quelques jours dans la mallette que Jérôme utilisait pour aller travailler et alors qu’il se promenait dans la ville en quête d’un bon fromage pour accommoder leur dîner du jour, Jérôme se retrouva devant la vitrine d’un antiquaire. Jérôme se dit que l’antiquaire saurait sans doute le renseigner sur la mystérieuse origine du morceau de bois blanc.

Il passa la porte et avisa le propriétaire de la boutique qui était dans le fond du magasin, affairé à réparer un grand miroir. Quel ne fut pas l’étonnement de Sébastien lorsqu’il vit dans un coin de la vitre un rapide éclair d’argent : c’était un reflet qu’il connaissait si bien ! Il se retourna vivement et aperçut Jérôme qui lui souriait, la corne d’Epona à la main.





Votre conteur va s’abstenir de vous narrer dans le détail la suite des affaires, car cette suite ne regarde personne d’autre que les héros de ce conte et qu’il serait impudique de s’immiscer davantage dans leur histoire. Certes non, l’issue de notre histoire n’était pas prévue et jamais la vieille Fée et la Licorne, qui dans leurs derniers instants avaient juste voulu donner un ultime morceau de bonheur à leurs petits protégés, n’auraient pu soupçonner ce qui arriva par la suite. Mais voilà : cela n’en arriva pas moins ! Tout ce que votre conteur peut vous révéler, c’est qu’aujourd’hui, tous trois vivent sous le même toit. Sébastien et Alexis jouent bien souvent ensemble sous le regard attendri de Jérôme, qui leur mijote de savoureux petits plats.



Toutefois, puisque vous avez déjà été privés d’un ‘Il était une fois’, les bonnes manières exigent que votre conteur se plie aux usages et vous livre, en guise de conclusion, une formule consacrée :



Ils vécurent heureux et eurent beaucoup... ...de raisons de l’être.







- FIN -









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